Livre I – Rose & Bud

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Rose a un problème.

Rose a plusieurs problèmes.

Mère célibataire de vingt-cinq ans, elle digère encore la lâcheté de son ex qui l’a plaquée face au test de grossesse positif. Après trois ans de silence glacial et un an de guerre épistolaire, l’équilibre semble être revenu dans la vie de Rose.

Mais voilà quelques semaines que son supérieur et, accessoirement, P-D.G de Bud & Cie, lui tourne de plus en plus autour.

Rose se prend à rêver que son fantasme inavouable soit partagé par l’homme puissant et inaccessible qu’est Rowen Bud.

Elle en vient à oublier son ex qui tente de retrouver une vie de famille en se rapprochant de leur fille.

Plus autoritaire que jamais, elle est bien décidée à mener la danse avec son séduisant patron dans un pays où le non-respect de la hiérarchie peut coûter la vie.

PARUTION LE 21 Janvier

CHAPITRE 1

Nous avons divers problèmes

J’ai un problème. En fait, j’ai plusieurs problèmes. Mais le plus urgent se trouve devant moi, dans une boîte en carton. Je regarde les deux boules de poils noires me fixer avec leurs grands yeux curieux. Pourquoi je les ai ramassées dans la poubelle en bas de l’immeuble ? Je crois que je me suis laissée avoir par leurs miaulements tout mignons et le fait qu’ils aient l’air à peine sevrés.

L’un des deux a une petite tache blanche sur le poitrail et semble chercher les embrouilles avec l’autre en chassant sa queue.

— Mais qu’ils sont choupinous ! C’est des chatons ! s’extasie Alix.

— Vraiment ? Des chatons ? j’ironise, sarcastique à mourir. C’est une bonne chose que tu sois aussi calée en matière d’animaux, car tu vas devoir foncer à l’animalerie pour leur trouver… des affaires. De quoi dépanner.

La stagiaire me fixe. Il faudrait que je lui dise que le headband fleuri, passé quinze ans, c’est ridicule. Surtout dans un bureau.

— Au passage, ici nous sommes chez Bud & Cie, pas à la Coachella ! je raille avant de décrocher le téléphone.

Alix me dévisage, dans un étonnant mélange d’outrage et de honte, puis retire son headband en continuant de grattouiller les petits chats. Quand j’entends la voix de Monsieur Bud, mon bas-ventre reçoit une impulsion électrique. Voici un autre de mes problèmes : je fantasme sur mon patron. Grand, les cheveux cuivrés, des yeux bleus à la limite de l’irréel et un charme dévastateur. Comment lutter ? Je mets du piment dans ma vie de bureau.

Voilà sept ans que j’ai fait mes débuts dans cette entreprise. D’abord comme stagiaire, puis comme employée. Et voilà sept ans que je m’applique à être la plus inaccessible possible pour ne pas tomber dans ses filets. Je n’ai pas envie d’être un énième numéro sur sa longue liste de conquêtes. Je veux vraiment compter, ou alors qu’il ne me touche pas. C’est tout ou rien.

Il me demande des cafés. J’adore sa façon de prononcer « Mademoiselle Rose ». C’est tout simplement superbe. Je jubile silencieusement, Monique étant absente, je récupère le rôle d’assistante principale de Monsieur Bud. D’ordinaire, je ne suis que l’ombre de l’ancêtre de la boîte. Elle est proche de la retraite et était déjà l’assistante du père de Monsieur Bud. Et son plan cul aussi. Tant qu’à y être !

Alix repose la boule de poil grincheuse dans le carton et s’éclipse. Qu’est-ce que je vais en faire ? J’ai déjà une gamine à gérer, je ne vais pas en plus m’occuper de deux chatons qui ont l’air d’être des vrais nids à conneries.

Je prépare les cafés, c’est jour de réunion. J’en profite pour vérifier mon apparence dans une vitre. Jupe crayon, chemisier boutonné jusqu’en haut et talons aiguilles affreusement douloureux. Je n’ai plus qu’à rajuster mes lunettes qui ont une fâcheuse tendance de glisser avant de pouvoir me présenter devant notre P.-D.G.

Monsieur Bud impose la tenue de ses assistantes. Monsieur Bud a un problème avec les femmes en pantalon. Monsieur Bud adore tout simplement le corps féminin. Nous avons tous des problèmes dans cette entreprise. Je mets les tasses sur le plateau, prête à entrer en scène.

Mais qu’est-ce que je vais foutre de deux chatons ?

Je réfléchis et entre dans l’immense salle de réunion dont la baie vitrée donne sur une ville partagée entre buildings et constructions traditionnelles. On pourrait presque tracer une frontière entre deux mondes : les hauts-quartiers, habités par la caste dirigeante, et les bas-quartiers, où s’agglutinent les simples employés.

J’esquisse un sourire en coin en voyant mon boss fusiller du regard son collaborateur qui ânonne des chiffres qu’il ne maîtrise pas. J’ai le temps de remarquer Mathias du coin de l’œil reluquer mes fesses. Encore un problème. Mathias est un connard. Un connard avec qui je suis sortie pendant deux ans avant qu’il ne me plaque.

Test de grossesse positif, déni qui a rendu l’avortement impossible, et cette enflure qui se barre. Parce que sa carrière. Parce qu’il ne pouvait pas être père. Parce qu’il n’a pas de couilles.

Je m’approche de lui, il affiche son éternel sourire narquois.

Comment j’ai pu le laisser me baiser ?

— Mademoiselle Rose, vous nous donnez infiniment chaud avec ce chemisier que vous boutonnez comme pour aller à la messe, susurre-t-il en déclenchant quelques ricanements.

Milieu d’hommes. Beaucoup de testostérone. Je vais finir par croire qu’il suffit de trois fois rien pour les provoquer.

— Il ne me semble pas vous avoir souvent croisé à l’église, Monsieur Merino, je riposte en posant une tasse devant son collègue.

Il y a encore des rires. Il ne se démonte pas et m’effleure la poitrine quand je me penche avec le plateau.

— Geste malheureux.

Ma réaction à sa fausse excuse est instinctive. Je renverse la tasse bouillante sur son entrejambe. Une brûlure à la queue n’est jamais drôle. Je l’entends hurler, satisfaite.

— PUTAIN, ROSE ! T’ES FOLLE ?

— Geste malheureux, je réponds innocemment en passant au suivant.

Bien fait !

Étrangement, personne d’autre ne me fait de remarque. Je quitte la salle, dans le couloir mon ex me rattrape, le pantalon trempé. Je continue d’avancer, il me saisit le bras.

— Tu me fais encore payer ? Je croyais qu’on était quitte ! On s’était mis d’accord pour ne plus se faire la guerre, rappelle-t-il en me forçant à lui faire face.

Je me débats, hors de question qu’il pose ses sales pattes sur moi.

— On s’était aussi mis d’accord pour que tu ne me touches plus ! Avec tes conneries, Monsieur Bud va nous griller et finir par capter pour Lilas, je fulmine à voix basse.

Je regarde nerveusement autour de moi. Lilas est mon plus grand problème. Mais, paradoxalement, c’est aussi mon plus grand bonheur.

Il ferme sa grande gueule. Lilas. Le sujet sensible. Il sait qu’il n’a pas assuré. Il sait que j’ai de quoi le castrer et ruiner sa réputation d’homme respectable. Mais je ne le fais pas. Je n’ai pas envie que Lilas devienne une arme de guerre.

— Si Monsieur Bud vient à apprendre pour Lilas, je peux dire adieu à mes chances de récupérer le poste de Monique, je poursuis en continuant de contrôler les allées et venues dans le couloir.

— C’est stupide, t’as le droit d’avoir des gosses !

— Non. Pas si je veux cette place. Regarde Monique, elle n’a pas d’enfants et peut se permettre de voyager aux quatre coins du monde avec Monsieur Bud…

Une autorisation de quitter le territoire. De quoi rêver quand on a grandi dans cette dictature.

— Et toi ? Tu feras comment ? coupe-t-il en m’entraînant à sa suite dans les toilettes pour hommes.

Cette discussion prend une tournure douteuse. Ça sent le sapin, et pas seulement à cause des galets dans les urinoirs. Sans complexe, il se débarrasse de son pantalon et de son boxer. Si quelqu’un entre, on risque d’avoir comme un léger souci. Je lève les yeux au plafond, je n’ai pas envie de le voir.

— Putain, j’en ai même sur la chemise ! grogne-t-il. Et, en plus, tu m’as pas répondu pour la petite.

 La petite ira chez mes parents. Tu me diras, si un connard ne s’était pas barré en apprenant que je ne pouvais pas avorter, je n’aurais pas à me poser la question !

La colère me fait bouillonner, j’ai chaud. Je déboutonne légèrement mon chemisier, j’essaye de mieux respirer pour ne pas lui en coller une.

— J’avais une carrière à construire ! De plus, je ne me sentais pas d’être père. Et puis t’aurais pu la faire adopter, proteste-t-il en se battant avec le robinet. Tu m’as salement brûlé !

Mes yeux s’arrondissent, je le dévisage. Je suis tellement choquée que j’en oublie sa nudité.

— Attends, t’es en train de te plaindre pour ta queue à peine ébouillantée et, en même temps, tu me glisses que j’aurais dû foutre Lilas à l’adoption ? T’as cru que c’était un chaton ou un chiot ? C’était soit j’avortais avant de m’attacher, soit je menais cette grossesse à terme et j’assumais. Point. Pauvre tache ! je m’emporte en tournant les talons.

Il tente de me retenir, mais je n’ai pas envie d’entendre son discours répété et vomi tellement de fois qu’il n’a plus le moindre sens ou impact. Mes escarpins heurtent violemment le sol, j’exprimerais volontiers ma rage à tout l’immeuble, mais ça amènerait des questions.

Self-control, Rose. Il faut que tu inspires et expires. Souviens-toi de cette initiation au yoga que tu as faite il y a quatre ans.

J’inspire. Expire. J’accroche un sourire à mes lèvres, puis retourne à l’avant-poste du bureau de Monsieur Bud, et songe à Mathias qui doit jouer au contorsionniste pour calmer sa brûlure. Cette fois, je ris.

Quel crétin !

Je trie le courrier, hilare, avant d’être interrompue par Nadine.

— Hey ! J’organise une soirée années 80 ! Tu en seras ? s’enthousiasme-t-elle en me tendant un flyer aux couleurs criardes.

Je n’ai jamais compris à quoi servait Nadine dans cette boîte. À chaque fois que je la vois, c’est pour me parler d’une soirée à la con. Réveillon du Nouvel An. Repas de Noël. Soirée à thème plus ou moins douteux. Anniversaire du patron. Anniversaire de la boîte… En fait, cette femme sert à fournir des prétextes pour que l’alcool coule à flots dans les bureaux. Je ne vois que ça.

— Pourquoi le thème années 80 ? je questionne en considérant sa nouvelle coupe.

Un carré plongeant rouge flamboyant. Si je me ramène avec une coupe comme ça, Monsieur Bud me vire. Il aime les couleurs naturelles. Et il adore les chignons stricts. Alors, je ne fais que des chignons stricts. Logique.

Merde, je n’ai même pas écouté sa réponse ! Bon, meublons.

— Super initiative ! je souris hypocritement.

— Oui, je pense que Monsieur Bud va adorer qu’on rende hommage à sa décennie de naissance. Donc je peux compter sur toi ? Et tenue d’époque exigée !

J’ai un problème supplémentaire. Années 80. Mais c’est super moche les tenues des années 80 ! Monsieur Bud va prendre peur en me voyant. Nadine et ses plans à la con, je la retiens ! Je soupire. Un couinement de la stagiaire qui croule sous les articles animaliers me rappelle à l’ordre. J’avais oublié les deux petits problèmes qui se bagarrent dans le carton sous mon bureau.

Alix dépose tout son bazar à côté de mon bureau, sans aucune délicatesse. Cette stagiaire me désespère. Je la regarde déballer des croquettes, de la litière, des jouets débiles… Pourquoi est-ce qu’elle a acheté des jouets ?

— Euh… Je t’ai dit d’aller me chercher de quoi dépanner… Pas de racheter le fonds de commerce de l’animalerie, je me moque avant de m’effondrer sur ma chaise en voyant le montant. Une semaine de salaire ?! Mais c’est à quel moment que tu as décidé de me mettre à découvert ?

Une semaine de salaire pour des chats. Elle est folle. Complètement folle. Ces gosses des hauts-quartiers n’ont aucune valeur de l’argent ! Elle trépigne, rougit en farfouillant dans le sac.

— Mais c’est un vendeur trop canon qui m’a conseillée, plaide-t-elle en faisant couiner une fausse souris.

— S’il était canon, ça excuse tout alors, je soupire alors qu’un des petits chats s’aventure hors du carton.

— Vous êtes en colère ? S’il vous plaît, ne me pourrissez pas sur mon évaluation de stage, supplie-t-elle nerveusement.

— Bouge de là ! Je vais… tâcher de résoudre ce problème.

Je suis dépitée. Qui m’a collé une stagiaire aussi niaise ? C’est encore du piston ça. C’est toujours du piston. J’attrape le petit chat à la tache blanche. Il a l’air un peu hautain. Il me fait penser à notre P.-D.G.

— Mademoiselle Rose, vous nous amenez un peu d’animation ? questionne mon patron.

J’en lâche le chaton qui atterrit en douceur sur mes genoux. Je fixe Monsieur Bud, je vais fondre devant son sourire.

Non. Je dois me ressaisir. Je suis forte. Je lui résiste.

Je reboutonne mon chemisier et prends mon air autoritaire. Je ne peux pas le séduire pour de vrai.

— Je les ai trouvés devant l’immeuble. Je leur cherche une famille, car je ne peux pas les garder.

Je grattouille la tête du chaton. L’autre est plus timide, planqué au fond de son carton.

— Leur ? interroge-t-il en plongeant sa main vers moi.

Il va me toucher ! Il va frôler mes cuisses ! Il les effleure ! Je ne dois pas réagir. Non. Tout est normal, il attrape juste la bestiole. Il a des mains immenses. J’adore les grandes mains.

— Il y en a deux, je souffle, en brandissant le deuxième.

— Mâle ? Femelle ? interroge-t-il, son sourire s’accentuant. J’ai toujours voulu un chat, mais je n’ai jamais pris le temps d’aller en chercher un dans un refuge.

Je fonds. Monsieur Bud est un mec bien. Bon, c’est un mec bien qui saute tout ce qui bouge. Mais ce n’est un secret pour personne, à commencer par la fille qui se fait baiser. Elle sait qu’elle est un numéro, elle n’espère rien. Ou alors, si elle espère, c’est qu’elle est folle.

— Mes connaissances animalières sont relativement limitées. Vous avez une préférence ?

Je me sens timide, il m’impressionne toujours autant. La seconde fois que je l’ai vu, je me suis pris la porte vitrée de l’accueil. Ridicule. Mais c’est le seul qui ne s’est pas moqué de moi.

— Pas spécialement. Ils vont s’appeler Sado et Maso. Sado sera celui avec la tache blanche, il a une bonne tête de dominant, lâche-t-il en continuant de cajoler l’animal.

Pardon ?! Sado et Maso ? Sado et Maso, vraiment ? Il me fait marcher ?

Je suffoque. Il ne peut pas les baptiser Minou et Minette, comme tout le monde ? Voire Chat. Ma mère a un chat qui s’appelle Chat. Une idée de ma fille. J’aurais peut-être dû choisir « Accouchement très compliqué » comme prénom pour elle.

— Je vais vous rembourser les affaires, installez-les dans mon bureau, continue-t-il en récupérant la deuxième boule de poil.

— Dans votre bureau ? Mais… Sado et Maso vont rester ? je balbutie.

Sado et Maso. Tuez-moi.

— Bien sûr ! Ça mettra de la vie au milieu des œuvres contemporaines particulièrement moches que je collectionne pour impressionner les investisseurs, plaisante-t-il en retournant dans son bureau.

Je reste clouée sur ma chaise. Je vais devoir m’occuper de deux bestioles qui s’appellent Sado et Maso. Mais de quoi je vais avoir l’air en criant leurs noms quand je les chercherai ?

À SUIVRE…

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