Chapitre 5

5

La fille aux cheveux bleus

 

            Trainé de force au match, je suis dans les gradins avec l’ensemble du lycée pour voir notre équipe en finale. Je préfèrerais réviser, mais c’est une obligation. Les supporters hurlent, les tribunes sont pleines à craquer, quand Franck pousse un cri de stupeur.

— La bombe !

— Une bombe ? Où ça ? panique la professeure de littérature.

— Mais non, m’dame ! La fille aux cheveux bleus !

            La fille aux cheveux bleus ?

            Panique ! Alerte ! ELLE EST LÀ ! Avec une petite robe noire de Maman. Je dévisage Ula, qui monte tranquillement les marches jusqu’à nous.

            C’est une blague ?

            Je l’interroge du regard, troublé par les nuances vertes et bleues qui se mêlent dans ses iris. Elle m’ensorcelle, m’attire à nouveau dans les abysses de ses yeux.

— Bonjour, je peux m’asseoir à côté de Mika ? demande-t-elle en charmant au passage tous les mecs autour de nous.

            Ils s’écartent, me fixent. Elle pique un baiser sur ma joue, c’est glacé. Je ne sais plus quoi penser, quoi dire. Elle me prend complètement de court.

— Pourquoi ? je peine à articuler.

— J’en avais assez que tu ne me vois pas.

— Mais je te voyais parfaitement !

            Elle secoue tristement la tête quand Ashley entre sur le terrain et accroche mes prunelles. Mais son refus me revient en plein visage. Je me tourne à nouveau vers Ula qui remet en place ses longs cheveux bleus sensationnels. Ma main se glisse dans la sienne, je réalise que mon cœur tambourine furieusement.

            Je presse ses doigts glacés, j’ai l’impression de les avoir plongés dans une source froide. Elle me couve de ses yeux prodigieux, sa beauté m’hypnotise, me fait oublier le sens des réalités.

            Lentement, nos visages se rapprochent, et je réalise tout ce qu’elle a traversé avec moi alors qu’elle vient de débarquer dans mon existence. Les souvenirs se jouent en boucles, comme une douce mélodie.

— Ula…

            Ses lèvres se posent sur les miennes, mon monde chavire. Je me sens flotter, les bruits se mutent en murmures, mes sens s’égarent et, tout à coup, j’entends le chant d’un oiseau, une rivière qui coule paresseusement. Le froid pique mes joues, elle met fin avec douceur à notre étreinte.

            Je cligne plusieurs fois des yeux, une forêt enchanteresse nous entoure. Je me sens étrange, mon cerveau est littéralement submergé par un flot d’images de l’époque arthurienne et m’étourdit jusqu’à ce que je réalise que je me trouve devant un rocher où est plantée l’épée.

— Les dieux t’avaient bien caché pour te protéger, Arthur.

            C’est comme une gifle. Le prénom résonne dans mon crâne, jusqu’à devenir une évidence, jusqu’à devenir… moi.

— Je suis… Je…

— Tu es Arthur, je l’ai su dès que je t’ai vu. Ton regard, ton érudition, ta volonté de bien faire…

            Arthur. Je suis Arthur de Bretagne.

            Je tends la main, jusqu’au pommeau de l’épée. Des fourmillements me saisissent, me font trembler jusqu’à une sensation de brûlure intense alors que l’épée se retire de sa prison de granit. Je regarde la lame scintiller au soleil, désormais investi du véritable être que je suis.

            La justice sera mon crédo, le Graal la mission de ma vie.

FIN

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