42. Le temps des vérités

Retour à l’épisode 1

SAMUEL 

       On m’a fait rentrer en catastrophe de ma formation pour une affaire d’importance. Me rendre au domaine dans ces conditions n’a jamais été gage de bonnes nouvelles. La dernière fois, c’est quand mes parents m’ont fait revenir du pensionnat pour m’annoncer leur divorce.

       Alors, c’est la boule au ventre que je monte les marches du perron. La lumière éclaire le salon, je reconnais la voix d’Isabeau et celles de ses amis. Charlotte me gratifie d’un signe de tête et vient m’étreindre avant qu’Ambroise ne me serre chaleureusement la main.

       — Nous sommes tous ici… Isabeau, à toi l’honneur, annonce mon géniteur.

       Elle me fuit du regard, le poids des années pèse maintenant sur son visage.

       — Il n’y a pas de manière diplomate de le dire. Alors, je vais m’en débarrasser crûment et j’en suis désolée.

       — Dash, tu nous fais peur, bégaie Rarity.

       Elle se renfonce dans le fauteuil, fixe résolument le tapis persan. Mon cœur se pince, j’appréhende ses mots.

       — J’étais une pute. Storm me vendait et… Et moi j’acceptais parce que j’ai cru que ça me permettrait d’avoir beaucoup d’argent pour m’en sortir et… et puis j’étais… J’avais… Je croyais…

       Sa force s’en va, elle éclate en sanglot sous les yeux atterrés de ses amis. Ambroise et moi, nous le savions. Pourtant, l’entendre de sa bouche fait bien plus mal que de celle du client. Mon ami me soutient, je lui en suis profondément reconnaissant.

       Je devrais la relever, lui dire que tout ça n’a plus d’importance.

       — Ce qu’elle veut dire c’est que Storm l’a manipulée et qu’aujourd’hui il a réussi un véritable coup de maître en faisant entrer Clémentine dans la vie de Samuel et en décrochant un contrat avec un éditeur, reprend mon père.

       — Quel est le rapport avec Clémentine ? Et c’est quoi cette histoire d’éditeur ? je m’alarme.

       Je suis largué, mais heureusement je ne suis pas le seul. Pinkie, Rarity et Ambroise n’en mènent pas large non plus.

       Mon père nous débite le rôle sordide de Clémentine dans cette affaire de vente aux enchères, si j’avais cette sorcière en face de moi je lui sauterais à la gorge ! Son plan a parfaitement réussi puisque j’en suis venu à en vouloir réellement à Isabeau pour sa jalousie qui m’évoquait la détestable Charlotte.

       Isabeau enchaîne sur le récit de son agression et ce qui a motivé Storm à agir de la sorte. Cette histoire vire au surréaliste, à tel point que je me sens mal. Ma tête tourne, toutes ces infos me donnent un sale vertige qui menace de me faire sombrer dans la rage la plus noire.

       — Une chance que père soit passé dans le coin, je résume.

       — Carrément, s’il n’était pas passé par là, notre Dash serait morte, réalise Pinkie d’une voix blanche.

       Vu la tronche de mon père, j’ai peur de comprendre qu’il ne s’agit pas vraiment d’un hasard.

       — Non. Ce n’était pas un hasard, devine Ambroise. Qu’est-ce que vous nous cachez encore ?

       — Cette fois, c’est sûr, Samuel ne voudra plus jamais de moi, pleure Isabeau, complétement à bout de nerfs.

       Je réalise à cet instant que je me tiens à l’écart d’elle, pour mieux accuser le coup. Mon attitude est froide, distante, mais quelque chose me bloque, m’empêche d’être tendre. Bien sûr, je l’aime à en crever, cependant ma nature m’empêche d’être trop démonstratif. J’ai peur, et c’est naze de ma part.

       — Elle ne s’en souvenait pas jusqu’à tout à l’heure… J’ai payé pour avoir Isabeau durant une nuit au mois de mars, avoue finalement mon père sans fierté.

  1. VAIS. LE. TUER.

       Je me rue sur lui et lui assène le plus puissant coup de poing de ma vie. Toute cette colère retenue le percute et se libère dans l’onde de choc.

       — CONNARD ! JE SAVAIS QU’IL Y AVAIT UN TRUC LOUCHE AVEC ELLE ET TU NE NOUS A RIEN DIT !

       Je suis fou, j’écume de rage, fais pleuvoir les coups sur sa belle gueule qu’il entretient pour se la jouer dans les magazines. Je le hais du plus profond de mes tripes, je le hais de m’avoir pris la seule femme capable d’avoir fait battre mon cœur.

       — SAMUEL ! SAMUEL ARRÊTE ! Il a encore des choses à nous dire, tente de me modérer Ambroise quand il me sépare de mon enfoiré de géniteur.

       Je ne le lâche pas des yeux, écoute comment il a loué Isabeau, et sa découverte d’une jeune femme perdue, en panique, et rouée de coups qui n’avaient rien d’un jeu BDSM classique.

       — Je lui ai proposé de la racheter à ce Storm, d’en faire un jour de la semaine pour la protéger ici.

       — La protéger et la sauter, très classe Monsieur Forks, raille Rarity.

       Je n’aurais pas mieux dit !

       Il balaie ça d’un geste de la main, agacé. Je l’invite à poursuivre son histoire dégueulasse d’un geste du menton.

       — Isabeau a refusé, elle avait peur que Storm refuse et lui fasse payer cher. Cependant, je n’étais pas décidé à l’abandonner. J’ai engagé un détective privé, rapidement il a pu établir la routine d’Isabeau, dont ses fameux moments d’écriture dans les bois. C’est à partir de ce jour que j’ai adapté mon parcours de jogging pour tenter de tomber dessus par hasard.

       Mon père est définitivement un psychopathe, Isabeau avait raison !

       Ambroise me retient encore de continuer de le boxer. J’attends la chute avec grande impatience, voir jusqu’où ce taré est allé.

       — Le fameux jour de l’agression, j’ai entendu un cri. J’ai couru immédiatement dans sa direction et je l’ai trouvée sur le sol, inanimée. J’y ai vu une chance inespérée de pouvoir l’acclimater à la vie au domaine et…

       — Minute ! interrompt Charlotte. Vous l’avez trouvée dans les bois et vous n’avez pas eu peur qu’elle souffre d’un traumatisme crânien important ?

       Bien. C’est maintenant qu’elle atterrit !

       — Charlotte, tu as trois trains de retard, ma chérie, soupire Pinkie.

       Mon regard se pose sur Isabeau qui ouvre la bouche de stupeur. Elle découvre avec nous l’étendu de la folie de mon père qui aurait pu participer à son meurtre si par malheur elle avait eu une hémorragie cérébrale.

       — Je me suis donné une semaine pour la conquérir. Hélas, je n’avais pas prévu un certain facteur…

       — Un certain facteur ? Que vient foutre le facteur au milieu ? s’impatiente Rarity.

       Je prends une grande inspiration. Je suis le facteur.

       — Il parle de moi. Il n’avait pas prévu mon histoire d’amour avec Isabeau.

       — Effectivement… Et quand j’ai été invité à cette vente aux enchères, je n’ai pas hésité une seconde. Cependant, le résultat était toujours le même : Isabeau n’a que ton nom à la bouche !

       La fierté vient gonfler ma poitrine. Je m’approche de ma belle qui ne sait plus où se mettre, ni qui regarder. Oui, malgré les épreuves, malgré les crasses et les tordus, nous nous aimons. Profondément. Immuablement. Et pour l’éternité.

       Je m’agenouille devant elle, réalise à quel point j’ai été con avec l’affaire de Clémentine. Je capte ses iris chocolat, ils pétillent même si la tristesse les voile un peu.

       — Toi et moi, c’est fini ? se risque-t-elle d’une voix minuscule.

       Je prends ses mains, lui offre mon plus beau sourire et l’embrasse comme j’aurais dû le faire lorsque je l’ai retrouvée. Nos bouches chaudes s’unissent, elle renifle piteusement et ne cesse de me regarder comme si je pouvais m’évaporer.

       — Pour toi, je suis prêt à ne plus être un Forks. Je suis prêt à être juste Samuel et que nous vivions seulement d’amour. J’ai besoin de toi, comme on a besoin d’oxygène pour vivre. Ne me prive pas de toi. Ne m’asphyxie pas, Isabeau.

       — Tu es mon oxygène aussi, j’ignore comment j’ai pu vivre tout ce temps loin de toi, sourit-elle entre ses larmes.

       Plus rien ne me séparera d’elle. Jamais. Ce sera Isabeau et Samuel. Et rien d’autres.

       — C’est mignon, mais qu’est-ce qu’on fait de Storm ? nous coupe grossièrement Ambroise.

       Je rêve ou ce con vient de tuer notre moment romantique ?

       Je l’assassine avec mes rétines, et le maudit sur cent générations. Mon père soupire longuement, vaincu par K.O.

       — Vivez vos vies. J’ai voulu jouer, j’ai perdu un fils et je ne ferai pas l’erreur de laisser un type dans la nature nuire à sa nouvelle existence. Parce que, que tu le crois ou non, je t’aime Samuel.

       Tu ne m’aimeras jamais comme tu le devrais.

       Ma décision est prise. Je vivrais loin de lui et de sa toxicité. Nous allons être heureux avec Isabeau, affronter la vie à deux et nous épanouir ensemble.

       — Je m’assurerai que Storm soit mis hors-jeu par son addiction, conclut-il.

       Un ultime frisson parcourt la peau d’Isabeau sous mes doigts. Je serai avec elle, pour toujours.

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