41. Pour un million

Les chuchotements ne se calment qu’au bout d’une dizaine de minutes, Storm jubile et ordonne à l’enchérisseur de monter sur scène. Mes yeux s’abîment au-delà des projecteurs pour le reconnaître avant Storm.

Des yeux verts.

Des cheveux châtains.

Des traits volontaires.

Je pourrais fondre en pleurs. Il ne va pas me laisser, il ne va pas m’abandonner.

— Monsieur Forks, je m’époumone. Monsieur Forks ! Vous êtes venu me sauver, hein ? Pas vrai ? Vous allez pas me laisser à des pervers et me ramener Samuel ?

— Monsieur Forks, quel plaisir de vous voir finalement ici. Enfin, vous aviez déjà testé la marchandise…

Comment ça ? Il le connaît ? Il l’a invité ?

       La dernière pièce du puzzle tombe lentement au cœur de mon cerveau. Elle s’emboîte à la perfection et m’emmène quelques mois plus tôt dans le domaine des Forks.

Je suis paralysée d’effroi dans une pièce avec des objets dont je ne voudrais à aucun moment connaître l’utilité. Je redoute le martinet qu’a déjà utilisé Storm sur moi. Le cuir qui mord la chair, la brûlure de la douleur.

       Quelque chose glisse sur mon buste dénudé, je frissonne et cherche l’origine de cette sensation. Une cravache effleure ma peau, mon regard croise celui de Forks.

       — Tu as peur ?

       Hors de question de lui avouer que je suis terrifiée !

       Je secoue négativement la tête et me fait violence. Les autres hommes n’avaient pas ce qu’ils appellent « une salle de jeu », et celle dans un roman bien connu me faisait plus rire qu’autre chose.

       — Vous m’avez initiée. Vous avez passé la nuit à me faire aimer vos jeux vicelards ! je m’insurge. Et vous ne m’avez rien dit ! Depuis le début vous étiez au courant de tout et vous me l’avez caché espèce de connard !

Deux mains lourdes se posent sur mes épaules, mes narines se pincent rien qu’à l’odeur dégagée par Storm.

— Souviens-toi de notre petite discussion, Ivy… Tu dois être bien sage et tu vas fermer ta jolie petite gueule pendant que je discute affaire avec le client.

Je me dégage et me laisse tomber sur la première chaise que je trouve pour les regarder mettre au point la remise du pognon. La salle se vide, les perdants sont déçus, et moi je suis verte de rage. Pendant tout ce temps j’ai cru que Forks était un allié un peu bizarre. Il nous a bernés sur toute la ligne.

Les deux hommes se serrent la main, je foudroie du regard mon nouveau propriétaire. Il m’offre son bras pour me relever, mais je boude et me retiens de lui planter la gifle de l’année, tout ça pour éviter un autre excès de folie de ce cher Storm.

— Je vais te ramener au domaine…

— Touchez-moi et je vous arrache la bite, je persifle entre mes dents.

— Ne fais pas d’esclandre…

Non, je n’en ferais pas ici. Juste parce que je tiens à la vie de mes amis. La nuit est déjà tombée, mon regard épingle la lune et la suit pendant tout le trajet comme une source de réconfort.

— Vous êtes un monstre, je grogne après un silence interminable.

— Je t’ai achetée pour te sortir de ses griffes…

Bah voyons, maintenant qu’il a peur pour sa bite il se présente comme le chevalier blanc.

       — Dans ce cas, nous allons inviter tout le monde au domaine et nous allons dire la vérité. Parce que moi, je ne peux pas vivre avec le mensonge.

Non. Quitte à avoir perdu Samuel, que ce soit de façon honnête parce qu’il saura ce que je suis réellement : une pute. Je ne peux pas jouer un rôle, je suis fatiguée de tout cacher à tout le monde. Désormais j’aspire à de la franchise et ça, ça commence par tout dire aux gens qui comptent pour moi.

— Tu as conscience des conséquences ? questionne-t-il sombrement.

— Oui. Mais si nous n’avouons pas tout ensemble, je le ferais seule et ça sera pas bon pour votre version des faits.

       — Dans ce cas… puisque tu ne sais pas tenir ta langue, autant nous débarrasser de ce pénible moment maintenant.

La voiture s’immobilise devant la demeure, dans quelques minutes le voile sera enfin levé sur tout le mystère de cette histoire. J’ai peur, autant que j’ai hâte d’avoir la liberté de vider mon sac devant les autres, comme je le fais à présent devant Monsieur Forks.

 

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