40. Vente aux enchères

Ligotée à une chaise dans une pièce sombre, je ne sens plus les larmes sur mes joues. Il m’a passée à tabac. Il avait besoin de se défouler. De me rappeler une dernière fois à quel point je n’étais rien pour lui. Qu’un sac de chair et d’os qu’on peut boxer à sa guise.

Dans son intérêt et sa grande bonté, il a épargné mon visage. Il faut sans doute que la marchandise soi présentable. Pour tuer le temps, je me souviens. Je me souviens de ces heures heureuses avec mes amis, avec Samuel. Je me souviens de nos fous rires incontrôlables. Je me souviens de nos promesses de croquer le monde. Je me souviens de tout et avec une telle douceur que je m’enveloppe dans cette lumière.

— Si ce n’est pas mignon, elle dort, se moque une voix connue.

Le souffle coupé, j’ouvre les paupières pour discerner dans l’obscurité une silhouette élancée et des ondulations brunes. Mon rythme cardiaque ralenti, me rapproche de l’inconscience.

— Clémentine ? Qu’est-ce que tu fiches ici ?

C’est à peine si on a entendu ma voix prisonnière d’une gorge nouée. Elle s’approche et s’accroupis pour avoir son visage à la hauteur du mien.

— Je viens voir les enchères. Storm m’a promis dix pourcents de la somme récoltée…

— Il faut dire qu’elle a joué son rôle à merveille, félicite mon geôlier.

Ma bouche s’ouvre de stupeur, tout devient évident. Clémentine n’est pas arrivée par hasard dans nos vies. Elle était un pion, une carte à jouer vouée à m’éloigner de Samuel pour faciliter mon enlèvement. Sans notre dispute, il n’aurait jamais accepté de faire une formation si loin. Sans ma jalousie, nous serions encore fusionnels et il serait devenu très compliqué, voire impossible, pour Storm de me mettre en vente.

— Je l’ai su dès que je t’ai vue que tu étais une pute, je ne peux m’empêcher de cracher.

Ma respiration est sifflante, je dois avoir plusieurs côtes fêlées si j’en juge par la douleur.

— Non, la pute ici… C’est toi, rétorque-t-elle avec mépris. Moi, j’ai seulement été une excellente actrice.

Je voudrais répliquer, mais il n’y a rien à dire. Nous sommes tombés dans le piège, Storm a toujours été un génie de la manipulation. La salope se retire avec un sourire satisfait, mon connard d’ex retire certains liens qui me retiennent à la chaise et laisse la corde meurtrir mes poignets. Difficilement, je me lève, les jambes flageolantes.

Chaque pas est un supplice qui fait mourir cette lumière rassurante que j’avais créé autour de moi. Une lumière aussi imaginaire que ce qu’elle était réconfortante.

Dans le long couloir, je croise un dernier visage connu. Celui de Max qui s’adosse au mur avec un air narquois.

— Tu vois, Ivy, si tu avais accepté ma proposition, rien de tout ceci ne se serait produit…

— Va au diable, connard !

Je n’ai rien de plus à lui répondre, qu’il crame en enfer et me foute la paix.

— Tu devras être plus polie avec ton acheteur, avertit Storm. Car, un pas de travers, et je fais sauter la cervelle à ton Samuel.

Je me sens aspirée par le vide, je comprends désormais que toute fuite est impossible. Car si je ne me contrains pas à cette vente, la vie de tous mes proches sera en danger.

Le rideau s’écarte, je déboule sur une estrade improvisée, aveuglée par des projecteurs qui transforment en simple silhouettes sombres les enchérisseurs.

— Messieurs, bonsoir, lance Storm d’une voix tonitruante.

Je tiens difficilement debout, mais je n’ai pas l’intention de vaciller devant cette flopée de pervers.

— Vous attendiez cette vente depuis des jours, elle va enfin débuter ! La mise à prix pour cette sublime créature qui cédera à tous vos désirs est de dix mille euros !

Dix mille euros, il se fait pas chier.

       À chaque nouvelle voix qui enchérit, je me remémore un client et une façon de me pervertir. Tous ont abusés. Tous ont fait des choses pour lesquelles je n’étais pas prête.

Il a réuni les pires, juste pour me briser et peut-être même me pousser au suicide.

       Storm est aussi tordu que ce qu’il me connaît. Il serait totalement capable de me vendre seulement dans l’espoir de me voir me foutre une balle dans la tête.

Les prix commencent à stagner, on se rapproche du final et j’ai juste envie de disparaître.

— Un million, hurle une voix de stentor.

Un million…

       Ma vue s’assombrit, l’angoisse empêche mon cœur de battre. Que va-t-il me faire pour un million ?

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Une réflexion sur “40. Vente aux enchères

  1. Alessandra dit :

    On aurait tous de douter que Clémentine n’était pas la sage petite fille… Elle a très bien joué. C’est Samuel qui va culpabiliser à mort de l’avoir fait entré à ce point dans leur vie…

    J'aime

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