34. Le lendemain

Je m’étire paresseusement, le drap à peine rabattu sur mon corps nu. J’observe Samuel, détaille ses cheveux en bataille et y passe mes doigts, encore alanguie par notre nuit, par cet instant suspendu dans le vide qui nous appartient. Son air est si paisible. Voilà des semaines que je ne l’ai pas vu aussi serein.

Personne ne saura jamais. Personne ne jugera jamais. C’était lui et moi, notre amour et une fusion dont nous avions besoin pour continuer d’exister. Je ne peux retenir un gloussement, enivrée d’endorphine.

— Laisse-moi dormir, baille-t-il.

— Tu vas être en retard, je chuchote à son oreille.

Je me redresse, il accompagne mon mouvement en déposant un chemin de baisers sur mon épaule, remontant sur mon cou jusqu’à l’angle de ma mâchoire.

Je quitte le lit d’un bond pour ne pas céder à la tentation d’y passer la journée avec lui. Ce serait dommage qu’il se fasse virer par ma faute. Dans l’armoire, je dégotte une tenue simple, aujourd’hui Ambroise m’amène dans une fête foraine. Je crois que je n’y suis pas retournée depuis l’enfance.

— Tu me prépares un café ? demande-t-il depuis la salle de bains.

— Et des tartines !

Je savoure l’odeur du pain grillé et du beurre qui fond sur la mie. Un bonheur simple dont j’aimerais pouvoir profiter chaque matin de ma vie.

 

***

 

Barbe à papa à la main, je partage la sucrerie avec mon ami qui a décidé de gagner une peluche plus grande que moi au stand de tir. Il est adroit, ne loupe jamais sa cible. Je l’encourage en applaudissant joyeusement, il parvient à me décrocher le gros nounours. Je le remercie d’un baiser sur la joue et lui confie ma barbe à papa pour pouvoir me promener avec le gain.

— Une journée comme je les aime, soupire-t-il d’aise. Personne pour me fliquer, ou me dire comment me comporter.

— Tu devrais parler à Charlotte, je lâche. Elle s’en veut et elle a besoin de dialoguer…

— Isabeau, je lui ai dit ce que j’avais à lui dire.

— Hey, les amoureux ! Venez frissonner dans le train fantôme ! nous hèle un forain.

Je voudrais le reprendre, lui expliquer que nous ne sommes que des amis, mais Ambroise m’entraîne sans hésiter vers les wagons, j’ai à peine le temps d’abandonner le nounours au caissier.

— Je ne suis pas sûre qu’elle, elle t’ait tout dit. Laisse-lui une chance, je reprends lorsque le train démarre.

— Je n’ai pas envie de lui laisser une autre chance.

Je m’apprête à lui remonter les bretelles, quand un fantôme un peu trop réaliste me fait sauter sur ses genoux et l’enlacer à me faire mal.

— Pour-pourquoi ? je tremble.

— Parce que c’est de toi que je suis amoureux. Pas d’une autre.

Un pantin se penche vers nous, je le repousse violemment pour discerner le regard d’Ambroise sous la lumière bleu. Le wagon s’arrête, la lumière change pour que nous ne soyons éclairés qu’avec des bougies factices. J’ignorais qu’un train fantôme pouvais être aussi romantique.

— Ambroise, tu dis n’importe quoi, je murmure quand sa paume se pose sur ma joue.

— Je suis sûr de moi.

Non. Il n’est sûr de rien, il veut seulement se rassurer à cause de son clash avec Charlotte.

       Mon cœur s’emballe, je n’entends plus que son rythme effréné. Putain, je ne suis sûre de rien. Peut-être que je vais faire une immense connerie, mais je dois le provoquer, lui faire réaliser à quel point il se trompe.

— Embrasse-moi, j’ordonne le plus fermement possible.

Sa main passe derrière mon crâne, son souffle chaud et sucré vient agacer ma bouche et son parfum frais fait s’éloigner la sécheresse de cette journée. Mes épaules et ma poitrine se soulève rapidement, si nous franchissons le cap, je vais être dans la merde.

— Je… Je ne peux pas, se ravise-t-il quand nos nez s’effleurent.

— Je le savais… Nous sommes comme frère et sœur, nous nous aimons différemment.

Il ne m’en veut pas. Aussi, quand le train redémarre, nous profitons de l’attraction comme deux bons amis. Comme deux membres d’une même famille.

 

 

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