31. Randonnée à cheval

Samuel

       Je me hisse sur le dos de Twister à la lisière du bois, les allées ombragées sont idéales pour protéger les joggeurs et cavaliers de la chaleur. Parfois, je me demande comment je réagirais si je tombais sur une jeune femme inconsciente. Contrairement à mon père, j’appellerais probablement les secours.

— Oh, Sam-Sam, tu rêves ? s’esclaffe Ambroise.

— J’ai horreur des surnoms et tu le sais, je maugréé en talonnant légèrement ma monture.

— Détends-toi mon vieux. Je me suis dit que proposer une balade ça ne te ressemblait pas, alors j’ai voulu tenter ma chance. Des fois que tu ais changé.

C’est vrai, ça ne me ressemble pas de suggérer une promenade, mais j’avais besoin d’être seul à seul avec lui pour tenir la promesse que j’ai faite à Isabeau. Mon portable sonne, je l’extirpe de ma poche étroite et découvre le message de Clémentine. Une citation d’un film, je lui envoie la réponse avec ma citation, c’est un jeu entre nous.

— Bah dis-donc tu es drôlement souriant. C’est un message d’Isabeau ?

— Non, Clémentine. Elle corse l’affaire…

— Je ne te le fais pas dire, la pauvre Isabeau m’a demandé de l’aider à visionner un tas de navets pour pouvoir te faire la conversation…

Mes yeux s’arrondissent de stupeur, je me sens bien con d’un seul coup.

— Euh… Je voulais dire que Clémentine rendait le jeu plus compliqué…

Ambroise part au galop, je crois qu’il en a trop dit et qu’il pense pouvoir fuir les explications en accélérant le pas. Je pique des deux et le rattrape en quelques foulées.

— Ambroise, tu sais que Twister est le plus rapide alors ne joue pas à ça et dis-moi ce qui cloche ?

J’ai une boule dans la gorge, Isabeau est secrète et j’ai peur qu’elle se fasse mal toute seule dans son coin pour des broutilles.

— OK ! OK ! C’est juste que… À force de parler que de Clémentine et d’avoir tes délires avec elle, Isabeau s’imagine des trucs.

— Je n’en parle pas tant que ça, je me défends.

— Je t’en prie, depuis qu’on est arrivé au club, tu as mentionné son nom cent quatre-vingt trois fois…

— Tu comptes le nombre de fois où je dis « Clémentine » ? je m’étrangle.

Il approuve, ce mec est bon à enfermer avec les psychopathes qui tournent autour d’Isabeau. Je refuse de croire que je parle autant de cette fille, c’est juste une collègue de boulot sympa.

— Isabeau est quelqu’un qui a… besoin… d’affection, reprend-il plus posément.

Génial, il recommence à jouer au petit copain moralisateur et parfait…

— Je te rappelle que c’est ma petite amie et que je suis parfaitement au courant de ce dont elle a besoin.

— Samuel, depuis que cette Clémentine est entrée dans nos vies, tu n’as plus qu’elle à la bouche ! Tu ne t’en rends pas compte mais Isabeau crève de peur à l’idée de te perdre. Elle a déjà perdu son père, sa mère qui est internée et qu’elle n’arrivera jamais à retourner voir, et maintenant elle te voit t’éloigner.

Mais qu’est-ce qu’il raconte ?

       Je me tends, Twister le ressent et me gratifie d’un petit coup de cul pour me rappeler à l’ordre. Je visualise la petite Isabeau face au corps sans vie de son père. Puis, je la vois se torturer car elle n’arrive pas à visiter sa mère. Elle a essayé, nous avons même pris la route avant-hier. Mais, à cent mètres de l’asile, elle a craqué et m’a supplié de faire demi-tour.

Isabeau est quelqu’un de tactile, elle est toujours après les câlins, et c’est vrai qu’au lit je bloque encore, trop accaparé par l’idée qu’un psychopathe lui veut du mal tout en se promenant librement dans la nature. Bien sûr que ça me fait chier de ne pas être aussi démonstratif qu’elle, mais c’est aussi dans mon tempérament.

— Je vais y faire plus attention, je finis par promettre. Et toi, tu vas faire attention à Charlotte ?

Sa bouche pincée laisse échapper un ricanement nerveux. Il en faut peu pour comprendre que les choses sont compliquées.

— J’ai besoin de temps. Tu sais, la relation avec Charlotte est très orchestrée par sa mère et moi… Moi je ne suis pas certain d’avoir envie de tout ça. J’aimerais tomber amoureux au hasard dans la rue, me planter et recommencer.

J’admets que sa version de la chose est tentante. J’ai eu la chance de choisir avec qui je voulais être et me construire, même si ça m’a coûté le côté maternel de ma filiation. J’espère seulement que les envies de rencontres impromptues d’Ambroise ne sont pas une façon diplomate de me faire avaler une attirance pour Isabeau.

— J’y pense, qui s’occupe d’Isabeau ? demande-t-il soudainement.

— Elle est avec Charlotte.

— Et tu n’as pas peur qu’elles s’entre-tuent ? pouffe-t-il.

— Isabeau est quelqu’un de très gentil, j’ose espérer que Charlotte va enfin ouvrir les yeux.

— Charlotte n’en a que faire de la gentillesse…

Sur cette remarque, il plonge dans le silence. Il me semble que son histoire avec la blonde est terminée. Reste à savoir si Isabeau est parvenue à remonter le moral de Charlotte.

 

 

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