28. Instinct de survie

— Isabeau, ça fait trois fois que tu remets du ketchup sur tes pâtes…

La réflexion de Samuel me fait relever mollement la tête, je suis complétement à l’ouest. La façon dont Ambroise a envoyé bouler Charlotte m’a fait mal. D’une part car je ne suis pas contre elle, d’autre part car j’ai de plus en plus peur que Samuel l’imite si je n’arrive pas à résoudre le problème Storm.

Ma fourchette tombe sur mon assiette dans un bruit assourdissant, mes comprimés attendent à côté de mon verre d’eau. Je les fais tourner entre mes doigts, soupire longuement.

— Ouais je… Je réfléchissais…

— À quoi ?

À la façon dont tu parles de Clémentine qui semble être créée pour toi, à mon meilleur ami qui envoie chier sa petite amie, à nous qui pourrait bientôt devenir « tu » et « je ».

       — À rien.

Son sourcil s’arque, il repousse son assiette et se cale dans le fauteuil sans me lâcher du regard.

— Tu parais distante, j’ai fait quelque chose de mal ? s’inquiète-t-il avec finesse.

Je ne peux m’empêcher de me mordre la lèvre, je devrais lui dire pour Clémentine… Non. Non, je dois faire taire ma jalousie, sinon je vais devenir une Charlotte.

— Non, tu n’as rien fait de mal, je me force à sourire. C’est juste qu’entre Ambroise et Charlotte, ce n’est pas la fête et ça me fait de la peine pour elle.

Voilà, la peste que je ne pouvais pas me blairer va finir par devenir ma confidente et compagne de galère. Quoi que moi, au moins, je ne drague pas son mec. Mon cœur cogne douloureusement dans ma poitrine, je n’arrive pas à croire que les choses tournent si vite. Comme si la vie se moquait de moi.

— Tu sais, Charlotte et Ambroise c’est un truc arrangé, ça ne peut pas fonctionner comme nous.

Sa main se pose sur la mienne, je m’accroche à ce moment, cet instant où je le sais tout à moi sans cette maudite Clémentine.

— C’est sûr, mais je ne peux pas la laisser comme ça. Je dois lui parler, car elle va croire que je cherche à briser son couple pour être avec Ambroise, ce qui est totalement faux.

— Je comprends, tu pourrais vous organiser une virée entre filles, et moi je parlerais à Ambroise…

— Vraiment ? Tu ferais ça ?

Il acquiesce, je me précipite sur ses genoux pour lui voler un baiser. Je m’amuse à frotter le bout de mon nez contre le sien, ce simple geste me fait revenir à l’insouciance de notre amour, à ces quelques jours où je n’avais pas encore fauté.

 

***

 

J’ai la pression, presque le trac. Je guette nerveusement par la fenêtre, si ça se trouve elle ne va pas venir. Est-ce que moi je serais allée chez Clémentine si Samuel venait de me lâcher ? J’irais… Probablement pour lui crever les yeux !

Oh non ! Je dois me protéger les yeux !

       Mon instinct de survie me pousse à fouiller dans les affaires de Samuel. Au milieu des magazines immobiliers aux annonces entourées, il y a un maillot de bain et un masque pour la plongée. Samuel a fait de la plongée ?

Mon portable vibre, encore un message de Monsieur Forks. C’est devenu une habitude, un rituel un peu triste. Il me propose une sortie, et je l’ignore. Le moindre SMS, le moindre faux pas, et je pourrais dire adieux à Samuel.

Je m’empresse de mettre le masque sur mon visage, ça va être chiant de respirer avec ça. Quelqu’un tape à la porte, je me précipite pour aller à la porte et beugle au travers pour m’assurer que c’est Charlotte.

— Qui veux-tu que ce soit ? s’agace-t-elle. Et c’est quoi cette voix bizarre ?

— Le psychopathe qui me court après, je rétorque en ouvrant.

Malgré la buée qui me brouille la vue, je vois l’air complétement ahurie de mon invitée.

— Mais qu’est-ce que tu fiches avec ça ? C’est une mode de pauvres ?

— Pas du tout ! C’est juste pour éviter que tu me crèves les yeux, je me justifie, les mains en l’air.

— Tu es complétement tarée…

C’est étrange, elle n’a même pas l’air en colère. Juste profondément triste. Je retire le masque et remarque immédiatement ses yeux ternes, sa tenue plus négligée que d’ordinaire et des cernes prodigieux. La culpabilité m’étouffe, je suffoque sous ce poids écrasant.

— Je suis désolée, je murmure. Désolée que… Qu’il t’ait dit ça et de pas avoir su le calmer.

— Nous allons en discuter en faisant les boutiques, décrète-t-elle avec froideur.

— En faisant les boutiques ? je m’étonne. Tu veux quand même qu’on sorte ?

Elle roule des yeux et pose les poings sur ses hanches.

— Nous allons aller dans un lieu plein de témoins, sinon je vais réellement te crever les yeux et Samuel ne me le pardonnera pas.

Un rire nerveux me secoue, je crispe ma mâchoire en imaginant mes globes oculaires exploser sous ses ongles manucurés.

— Eh… Tu vois que j’avais raison pour le masque…

       Elle tourne les talons, je la suis en fermant un peu ma grande gueule. J’espère que les choses vont s’améliorer entre nous, sinon ça va devenir vraiment pénible.

 

 

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