27. Au zoo

En galant homme qu’il est, Samuel m’a portée jusqu’à l’appartement sans me réveiller. Il ne m’a pas reproché de m’être endormie, il faut dire que les médicaments n’aident pas à garder les yeux ouverts.

Le soleil cogne dur, j’applique pour la troisième fois de la crème solaire depuis notre arrivée il y a deux heures.

— Si je te rends cramée à Samuel, il va m’égorger, plaisante Ambroise.

— Avec la consommation que je fais, je devrais demander un sponsoring. Quelle idée de mettre un short, mes jambes n’ont pas l’habitude du soleil.

Je suis tellement blanche que je dois donner l’impression de briller, un peu comme certain vampire dans une œuvre littéraire bien connue. Les perroquets crient, nous sommes à côté d’une des grandes volières du parc.

— Bon, ce zoo n’est pas aussi génial que celui de Berlin, mais au moins ça fait une sortie originale, observe Ambroise.

— Je n’ai jamais été au zoo il me semble, alors pour moi c’est génial, je lui souris.

J’ai toujours vu le panneau de ce parc animalier vers chez nous, et j’ai toujours voulu y venir. Alors, quand Ambroise m’a demandé où je voulais passer la journée, c’est tout naturellement que j’ai proposé ici.

— Tu as une petite mine, constate-t-il avec délicatesse.

Je frémis, il n’est pas aveugle. Mes bras se croisent et ma gorge se noue. Le sujet est épineux, je retiens difficilement mes larmes de jalousie.

— Depuis quelques jours, Samuel n’a plus que Clémentine à la bouche. Depuis cette soirée au cinéma de plein air, il ne parle que d’elle et d’à quel point c’est une sacrée découverte amicale.

J’ai mal. Samuel, le solitaire rêveur qui n’avait qu’un meilleur ami au lycée et dont je n’ai plus du tout entendu parler à son retour, à croire que ce type servait seulement à dire « oui je suis à peu près normal », devait être compris que de moi. Ambroise passe son bras autour de ma taille et me ramène contre lui pour marcher le long de l’allée arborée.

— Cette fille est vraiment gentille. Je l’ai rencontrée au boulot de Samuel et je crois que c’est le genre à lire les magazines dans lesquels on apparaît puis à vouloir vivre un peu de ça.

— Peut-être, mais j’avais l’habitude que Samuel ne voit… que moi, j’avoue honteusement.

J’étais habituée à être le centre de son univers, la seule qui comprenne sa drôle de passion. J’ai peur qu’il réalise combien c’est compliqué de m’aimer, à quel point je suis un poids et un boulet lourd à se traîner. Les larmes picotent mes yeux, les singes qui s’agitent ne me font même pas rire.

— Tu ne dois pas t’inquiéter, il est impossible de rivaliser avec une fille comme toi, assure-t-il en embrassant mon front.

Si seulement il pouvait avoir raison. J’ai conscience de ne pas être aussi extraordinaire que ce qu’il prétend. Je marque un temps d’arrêt devant les zèbres. C’est un peu comme des chevaux, mais en rayé, je crois que ça me plairait de monter sur un zèbre. Ça m’irait bien. Les visiteurs sont rares, découragés par la chaleur, Ambroise sort son mobile qui tinte en boucle, je devine à sa mine que Charlotte fait encore des siennes.

— Elle m’en veut de ne pas l’avoir invitée à venir avec nous, maugréé-t-il.

— Tu aurais pu, ça ne m’aurait pas dérangée tu sais…

— J’ai le droit d’avoir envie de passer des moments seulement avec toi, non ?

Son ton est plus rude que celui qu’il emploie d’ordinaire. Je ne veux pas m’immiscer entre eux, ce n’est pas le but. Je n’ai pas à dessein d’être une Clémentine aux yeux de Charlotte. Je leur laisse leur moment en couple, apprend à m’effacer même si Ambroise aime m’avoir à ses côtés.

— Tu as le droit, mais Charlotte est quelqu’un de sensible. Je sais qu’elle a l’air d’être une garce avec moi, mais maintenant que Clémentine est entrée dans la vie de Samuel, je dois avouer que je comprends son inquiétude…

Je suis coupée dans mon élan par la sonnerie du smartphone d’Ambroise. Il décroche rageusement l’appel et colle l’appareil à son oreille.

— Vingt SMS en une heure, tu n’as pas l’impression d’abuser ? ronchonne-t-il. Je t’ai dis que je t’emmènerai demain à la plage, qu’est-ce qu’il te faut de plus ? … Non, j’ai été patient, mais là tu me gonfles ! … Oui, parfaitement, tu me gonfles ! Toi et ta mère vous voulez me contrôler comme si j’étais un pantin, il faut pas t’étonner que je préfère passer mon temps avec Isabeau… Ouais, elle vient de la « populace » comme tu dis mais à côté d’elle tu es insipide, pour ne pas dire que tu n’es plus rien !

Je me fige face à la virulence de son discours. Comment je pourrais être plus importante que sa petite amie ? Deux ans de relation, c’est énorme à côté de notre amitié. Puis, ça n’a rien à voir, Ambroise est comme un frère pour moi, et briser le couple d’un frère c’est moche. Il raccroche, haletant.

— Ambroise, tu as été… dur…

— Ecoute, ça fait des mois qu’elle cherche la merde avec sa mère qui ne me trouve jamais assez parfait. Elle a cherché, elle a trouvé, et maintenant profitons de cette journée.

Profiter, ça va être compliqué. Mais je ne veux pas attiser sa mauvaise humeur, alors je tente de ranger ça dans un coin de ma tête pour m’émerveiller devant les animaux exotiques.

 

 

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