24. Déjeuner entre amis – II

 

Retour à l’épisode 1

Samuel 

 

Je pique la tartelette aux fraises d’Ambroise, quand je pense que la vendeuse m’a certifié qu’il n’y en avait plus. À croire qu’elle est partie lui en cueillir pour faire le dessert.

—  Et si Storm et Max avait un lien ? je présume dans un éclair de lucidité.

C’est évident ! Quand Storm était dans sa vie, elle allait dîner avec des hommes, enfin au moins un, et maintenant qu’il est de retour, elle se retrouve chez Max.

— Storm, avec ce qu’on sait de lui, serait assez tordu pour monter un coup pareil, je poursuis avec fièvre.

— Mais ça lui rapporte quoi à Storm de la pousser dans les bras de Max ? rétorque Ambroise, la bouche pleine.

Ce type me dépite. Je roule des yeux, sa réflexion me mine. Storm était jaloux, possessif, du moins c’est ce que j’ai cru comprendre. Alors, c’est vrai, pourquoi participer à cet enlèvement ?

— Dis, y’a une fille qui se tortille et tente d’attirer ton attention avec des grands signes, sourit Ambroise avec un rien de moquerie.

Je tourne la tête vers Clémentine, ses yeux verts pétillent et elle rosit à vue d’œil. C’est bien la première fois qu’une fille se tortille pour moi. Isabeau étant plutôt du genre à m’envoyer chier et à m’engueuler à cause de ma cravache.

— C’est la nouvelle. Qu’est-ce que je fais ?

— Tu l’invites à nous rejoindre, sinon elle va se taper la honte !

— Mais, je ne peux pas faire ça à Isabeau, je rumine.

— Je te parle de l’inviter à manger avec nous pour lui éviter les moqueries, pas d’un rencard ! Faut vraiment que tu te mettes à croire en l’amitié entre hommes et femmes, je t’en conjure.

Forcément, ça l’arrange que je sois dans ce genre de situation. Il en profite pour caser sa stupide morale sur l’amitié, comme si j’étais né de la dernière pluie. Enfin, au moins, il ne la kidnappera pas pour l’emmener sur un putain de yacht.

À contre cœur, je fais signe à la demoiselle de nous rejoindre, elle trottine jusqu’à notre table et s’empresse de poser sa salade composée avec un énorme recueil de philosophie. Ambroise lui fait une bise amicale, je garde mes distances.

— C’est vraiment gentil de me laisser déjeuner avec vous les garçons. C’est toujours un peu l’angoisse le premier jour et j’avais tellement peur de rester seule sous les regards moqueurs. Parce que les regards moqueurs ce n’est pas très gentil. Et du coup j’ai angoissé toute la matinée, et la matinée c’était long, surtout que notre pause n’est qu’à quatorze heures, c’est tard quatorze heures…

Bordel ! Elle ne reprend jamais sa respiration ?

       — Clémentine, je crois ? l’interrompt Ambroise.

— Oui. Clémentine et toi… Toi tu es le super sexy Ambroise. Je n’arrive pas à croire que je déjeune avec toi et Samuel.

Une groupie. Nous sommes tombés sur une groupie. Elle couine, comme si nous étions des stars.

— Et alors, au final… Lequel de vous est en couple avec Ivy ?

— Elle s’appelle Isabeau, nous répliquons en chœur.

— Et je suis en couple avec elle, je précise en mettant de côté l’emballage de la pasta box.

Elle baisse le nez, il me semble percevoir une pointe de déception dans son regard.

— Alors, si je te propose d’aller voir « Autant en emporte le vent » au cinéma en plein air, tu me diras…

Elle m’invite ? Une fille m’invite ? Moi ? Samuel ? L’ombre de son géniteur ?

       — Que si c’est entre amis, ça sera avec plaisir. Je te présenterai Isabeau.

Je n’ai pas envie d’être un connard. Cette fille est gentille, bien qu’un peu trop « couineuse ». Ambroise me fait un clin d’œil qui hurle « tu vois que ça existe l’amitié homme-femme ». Et je dois reconnaître, que ça ne me ferait pas de mal d’avoir une amie en dehors du cercle imposé par nos parents et qui apprécie les vieux films.

— J’ai hâte de la rencontrer, souffle-t-elle. Je suis sûre que ça sera une super soirée. Tu viendras, Ambroise ?

— Avec joie, comme ça je te présenterai Charlotte…

— Stop ! Encore un râteau de plus et ça s’appellera un Jardiland, proteste-t-elle en riant.

— Désolé, c’était pas pour être méchant. Mais nos copines ont des caractères bien trempés, je justifie. Alors, si tout n’est pas clair, c’est elles qui vont vouloir mettre les points sur les « i ».

Elle pique à son tour un dessert à Ambroise, ce doit être une façon d’approuver notre façon de voir les choses. Du moins, je suppose.

 

 

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