17. Bébé

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       Il est assis en face de moi, le soleil est arrêté par une toile tendue au-dessus du pont. J’ai déniché un combishort qui lui donnera du fil à retordre s’il a des idées mal placées.

— Le bleu te va vraiment bien. J’ai toujours adoré tes cheveux roux, minaude-t-il.

— Ah.

Je trifouille ma salade composée du bout de la fourchette, si jamais il l’a assaisonnée avec une drogue, je ne me laisserais pas avoir.

— Je dois te faire une confidence, poursuit-il avec, presque, bonne humeur.

— Mh.

Je ne montre aucun enthousiasme. Au contraire, je subis chaque minute qui nous sépare de la fin de cette « escapade ».

— Oui. En fait, si j’ai embauché tes amis au Diner, c’était pour te faire plaisir. Je veux dire… Quel patron aurait recruté trois amis dans… votre genre…

— Dans notre genre ? je répète, déconcertée.

Il prend le temps de savourer son vin blanc, l’œil pétillant. Il est probablement content que je réponde enfin.

— Allons, bébé…

— STOP ! je m’égosille. D’où tu te permets de m’appeler « bébé » ?

— Tu t’y feras.

Il est parti en couille !

       — Rien du tout ! Bon sang, mais qu’est-ce qui tourne pas rond chez toi ?

— Et toi ? Tu te mets en couple avec un gamin pourri gâté alors que tu pourrais m’avoir !

— Wouah, quelle offre d’enfer ! T’avoir toi, le rêve absolu !

J’explose de rire tant cette situation est surréaliste. Comment ce type peut avoir autant confiance en lui et en son soi-disant pouvoir de séduction ? Mon hôte se vexe et quitte la table en envoyant tout valser. Mais je n’ai pas peur, c’est lui qui est ridicule. Et c’est lui qui ne m’aura jamais !

 

***

 

L’atmosphère est glaciale dans la voiture. Je suppose que Max n’avait pas du tout imaginé ça pour ce week-end. Non, il a dû se dire que je fondrais en découvrant le yacht avant de lui tomber dans les bras comme la première vénale venue. Mais je ne suis pas comme ça. J’ai toujours galéré pour avoir de la thune. J’ai fait des choses ignobles pour de l’argent.

Aussitôt, mon cœur se serre. Si Samuel découvre ce que j’étais, s’il vient à savoir que je me suis vendue, il me rejettera définitivement.

« Qui peut aimer une pute ? Regarde-toi, tu n’auras plus que moi dans ta vie. Tu n’auras plus que moi pour accepter qu’ils te baisent tous et en redemandent encore… »

       Les mots de Storm m’agressent, me pénètrent jusqu’au sang. Ils sont comme un venin, un liquide toxique qui brûle chacune de mes veines. J’ai caché cette réalité à Pinkie et Rarity. Ils n’imaginent pas à quel point ils me sauvaient en voulant à tout prix me garder comme colocataire. Il a été une spirale, une obscurité qui m’a happée. J’ai été naïve. J’ai été stupide. Et j’avais probablement fini par ouvrir les yeux. Voilà pourquoi j’ai dû fuir dans ce bois.

— Tu as fait une énorme erreur, persifle Max en se stationnant. Ton mec va te défoncer.

Je sursaute, ses muscles sont bandés sous sa chemise et la commissure de ses lèvres tressaute. J’inspire longuement, il ne s’en sortira pas si facilement devant Samuel. Mon petit ami va lui refaire le portrait !

— Et toi, tu t’es fait entuber par Storm. J’espère que tu n’as pas payé trop cher pour ces deux jours ! Tu comptes m’accompagner à l’appartement ?

— Oh, mais oui. J’ai bien l’intention de monter dire deux mots à Samuel. Tu es sacrément côté, bien plus qu’une pouliche au champ de course. Au prix que j’ai payé, j’aurais pu te séquestrer et te sauter jusqu’à en avoir mal aux couilles, fulmine-t-il.

Il ne me regarde pas, c’est inutile. Je me sens assez crade comme ça. Du coin de l’œil, je le vois adoucir ces traits, sans doute pour faire manger des couleuvres plus grosses que moi à Samuel. Je vais gerber d’angoisse.

— Parce que l’enlèvement c’était pas suffisant ? Tu aurais voulu que j’ajoute « viol » dans la plainte ? j’enrage.

— Une plainte ? Mais je t’en prie, vas porter plainte. Pour quoi au juste ? ricane ce fumier.

— Parce que kidnapper les gens c’est pas légal, je te l’ai déjà dit sombre abruti ! Et payer pour les services d’une nana ça l’est encore moins.

— Tu peux. Mais, j’ai de bonnes relations avec les flics… Ça paye de faire bouffer gratos toutes leurs petites familles une fois par mois.

Non mais j’hallucine !

       — Parce que tu crois que trois hamburgers et deux glaces, ça va effacer un truc aussi grave ? je suffoque. T’es complétement débile, tu t’es débarrassé de ton cerveau sur une brocante ou quoi ?

— Tu n’as pas idée du degré de corruption des condés dans le secteur.

C’est ce qu’on verra !

       Je quitte cet habitacle qui m’étouffe et claque la portière violemment. Il m’emboîte le pas jusqu’à l’appartement, j’ai monté les marches comme une condamnée à mort et maintenant j’ai peur de toquer. L’imbécile prend l’initiative, je vais crever de stress et finir par terre à l’état liquide. Les hauts le cœur son violents, je vais avoir du mal à les contenir.

 

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Une réflexion sur “17. Bébé

  1. Bigot de préameneu dit :

    Elle a l’option de zapper les fonctionnaires de police corrompus en portant plainte directement auprès du Parquet. En tant que de besoin, je me propose, de manière totalement désintéressée, de lui fournir les coordonnées d’avocats spécialisées en droit pénal susceptible de l’accompagner efficacement dans cette démarche.
    P.S. si d’aventure Isabeau souhaitait me gratifier pour une telle information qu’elle sache qu’n port de beurre de cacahuète, de préférence à un pot de Nutella, conviendrait parfaitement.

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