16. Marchandise

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Je n’ai pas dormi. J’ai songé à Samuel toute la nuit, à son inquiétude. Puis, je me suis encore souvenue de Storm, de ces punitions qu’il m’infligeait. Maintenant, je tremble, le nez en sang. Mon cœur bat si fort qu’il me fait un mal de chien, et je désespère de voir le jour se lever.

Il a dormi dans une chambre. J’en ai pris une autre. Au moins, il a respecté ça. La porte s’ouvre dans un grincement sordide. Je remonte mes genoux contre ma poitrine, ma tête va exploser. Mes dents me donnent l’impression qu’elles vont partir en courant.

— Ivy, qu’est-ce qu’y t’arrive ? panique Max en allumant la pièce.

Je ne peux pas répondre. Mes cordes vocales sont paralysées. Que me ferait Storm s’il savait que je me comporte comme ça avec Max ? Il a payé… Et il a dû payer très cher.

— Ivy, réponds-moi !

Je ne peux pas te répondre, crétin.

       Je ne m’appelle pas Ivy. Je ne suis plus Ivy. C’est fini. C’est le passé. C’est… C’est le nom que j’avais quand j’étais une marchandise. Mais ça, je ne peux le dire à personne. Non. Car on me rejettera, on me dira que je suis une créature dégueulasse. Je ne me souviens pas des clients, juste de ce qu’il se passait quand je n’étais pas docile.

Enfin… ça, c’était rare. J’avais tant besoin d’amour. J’avais tant besoin de me sentir comblée. J’avais tant… Tant le cerveau en vrac, que je prenais plaisir à tout. Du moins, je tentais de m’en convaincre. Parce que ça faisait un peu moins mal. Parce que ça rendait l’inacceptable plus admissible.

— Ivy, je ne suis pas un monstre. Ce n’est pas la peine de te mettre dans des états pareils. Je veux seulement faire connaissance, qu’on en apprenne plus l’un sur l’autre.

Et tu me fais un chantage en me promettant que si je te cède, Storm me foutra la paix.

       — Je ne veux rien savoir sur toi, pauvre taré, j’expire difficilement.

— Je ne suis pas un taré. Je te propose une escapade romantique pour qu’on puisse enfin aller au-delà de la relation patron-employé, réplique-t-il sèchement.

J’ai envie de lui rire au nez tellement son raisonnement est ridicule. On n’enlève pas les gens pour faire connaissance, c’est un plan à la William Forks !

— Tu vas me ramener. Et tu vas disparaître de ma vie.

Chaque mot me coûte, j’ai mal à la gorge. Cependant, je suis résolue. J’ai même envie de quitter la ville. Mais Storm me retrouvera toujours. Tant qu’il ne sera pas derrière les barreaux, je ne serai en sécurité nulle part.

— On pourrait parler ? Qu’est-ce que tu sais de moi ? reprend-il plus fermement.

Je parviens à sortir de l’obscurité, à m’affirmer un peu plus. Ma voix doit m’appartenir. Il s’assoit sur le lit, mon cœur rate un battement.

— Je sais que tu as commencé en faisant la plonge et tu as fini manager… Et tu es suffisamment riche pour pouvoir exécuter des plans de psychopathes !

— Peut-être que tu me considérerais autrement si tu savais d’où je viens, renifle-t-il avec mépris. Je suis un gamin de foyer, mes parents ne pouvaient pas me garder. Alors, je me suis toujours démerdé seul, on ne m’a rien donné dans la vie. Ça ne te rappelle pas quelqu’un ?

 

Il me jette ça au visage, entre le fromage et le dessert. Entre le sel et le poivre. Entre nous…

— Je n’enlève pas les gens pour les contraindre à sortir avec moi, je proteste. Je suis avec Samuel et il faut l’accepter. Voilà tout.

— C’est un gamin, il te trompera et finira par te lâcher quand sa queue voudra voir ailleurs !

— Eh bien, s’il me lâche, tu pourras à nouveau m’enlever, puisque ça a l’air d’être ta méthode de drague, je rétorque.

Il se redresse, ses narines se pincent et marquent davantage ses traits durcis.

— Tu empestes la transpiration. Prends une douche, il y a des vêtements dans cette commode.

Effectivement, j’ai dormi avec mes fringues. C’est fou comme il arrive à passer d’une tentative minable de séduction à un tel manque de tact.

— Je ne me mettrais pas à poil sur ton maudit bateau.

— Tu vas prendre une douche, sinon je te trempe dans la méditerranée, vue ?

Il en serait capable ce con…

       Je fais la moue, attend qu’il sorte de la chambre pour trouver la tenue la moins sexy possible et aller prendre ma douche en quatrième vitesse.

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