9. Dire les choses

Retour à l’épisode 1

Samuel

 

       Elle était figée, sur le canapé, le nez en sang. J’ai eu du mal à la lâcher pour la laisser aux pompiers. Je suis dans un état de fureur sourde. J’intériorise, me retiens de faires les cent pas dans la salle d’attente. Je lui ai fait une scène pour une connerie de photo. De là à dire que je suis un abruti fini, il n’y a qu’un pas.

Ambroise est à côté de moi, il se ronge les ongles et fixe la porte orange dégueulasse. Il y a du monde, c’est l’heure de pointe aux urgences. Touristes qui réalisent qu’ils ont attrapé une insolation dans la journée. Petits bobos. Parfois des maux plus psychologiques que physiques. Rien d’aussi terrifiant qu’Isabeau.

— Je ne comprends pas, baragouine Ambroise. On regardait un film. Puis, elle est devenue raide, ses yeux ne clignaient plus. C’est comme si elle était… Si elle avait…

— Ta gueule.

Voilà. Le flegme anglais, je t’emmerde. Il fallait que ça sorte. Il me dévisage, faut crever l’abcès une bonne fois pour toute.

— Est-ce que tu flashes sur Isabeau ? je crache. Et ne joue pas au con, tente pas de m’entuber !

Il roule des yeux, je lui frappe l’épaule pour retrouver son attention.

— Alors ? Réponds ? Tu profites de son état de faiblesse ? Ou t’en a juste marre des caprices de Charlotte ?

Je serre les dents, j’appréhende ce qu’il va me dire, mais j’ai besoin de savoir.

— Ouais, c’est pas la joie avec Charlotte. Mais Isabeau est mon amie. Mec, on a eu un coup de foudre amical, c’est tout. Regarde Pinkie, t’es pas jaloux de lui !

Je t’en foutrais des coups de foudres amicaux !

       — J’ai été jaloux de Pinkie jusqu’à ce que je comprenne que c’était mon cul qui l’intéressait. Tu te comportes avec elle comme… Comme…

— Comme tu devrais le faire. Ou comme tu crèves d’envie de le faire ? provoque-t-il.

Je me prépare à lui démonter la gueule, quand je m’interromps brutalement, le poing en l’air. Sa dernière phrase se répercute dans mon crâne, violemment. J’ai grandi avec des parents qui se déchiraient, un beau-père qui cède à tous les caprices de ma mère et un père qui déguise ses conquêtes en chat.

Merde !

       Qu’est-ce que j’en sais de comment il faut se comporter ? Je me laisse tomber sur la chaise, la tête entre les genoux, complétement dépité.

— Je voudrais être… le mec, j’avoue dans un soupir.

— Tu l’es déjà. Elle n’aime que toi, même si je le voulais, je ferais pas le poids. Mais faut qu’on arrête de se foutre sur la gueule, ça n’aide personne.

— Ouais… Mais Charlotte ?

Un nouveau roulement d’yeux, il me gonfle quand il fait ça. Le pire, c’est qu’Isabeau a raison, dans tous ces gestes on s’attend à voir un logo apparaître à côté de sa tête pour vendre un article affreusement cher.

— Je vais lui dire de choisir un resto pour dimanche. On ira tous les quatre et on mettra tout au clair, répond-il posément.

— Charlotte qui choisit un resto, je peux déjà sortir le costard de la naphtaline…

Nos regards se croisent, pendant un instant je retrouve cette étincelle de quand on s’est connu au club. Puis, nous partons dans un fou rire incontrôlable, libérateur de toute cette tension cumulée les dernières semaines.

Je sais que dans cette affaire, Ambroise sera mon seul allié. Je ne peux plus avoir confiance en mon père.

— Samuel et Ambroise ? nous interpelle soudain une voix familière.

Nous levons la tête vers le psychologue d’Isabeau. Rien qu’à son expression, je comprends déjà qu’on va passer un sale moment.

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