8 Une idée

Retour à l’épisode 1

       Je me recroqueville dans le tee-shirt trop grand, Ambroise gesticule et tourne en rond dans le salon.

— On se calme, vieux ! Elle est en sécurité chez moi. Tu serais cool de ramener ses médocs… Non, je me fous pas de ta gueule… Je pense à son bien !

J’ai les yeux explosés, j’ai pleuré comme pas permis quand j’ai franchi le pas de la porte. Mes bras entourent mes jambes, se crampent avec le ton qui monte.

— Bon, tu sais quoi ? Dimanche, on se fait un resto tous les quatre. Et on va mettre les choses au clair, tranche Ambroise.

Il raccroche et jette son mobile sur la table. Sa main passe rageusement dans ses cheveux, il se laisse tomber à côté de moi. Ma tête se pose sur son épaule, je voudrais que tout le monde comprenne que je ne pense pas à mal. Ambroise est un soutien, quelqu’un de rassurant pour m’aider à avancer quand Samuel n’est pas là.

— On va se coucher ? propose-t-il avec égards.

— On pourrait regarder un navet ? je bafouille.

Un petit rire lui échappe, ses lèvres se posent avec délicatesse sur mon front avant qu’il ne me prenne dans ses bras avec force.

— Tout ce que tu veux, souffle-t-il.

Il zappe, jusqu’à tomber sur un vieux film en noir et blanc.

— Il va amener les médicaments ? je chuchote.

— Ouais. C’est dingue de se mettre dans un état pareil pour une photo.

— C’est pas une histoire de photo. C’est juste qu’au fond il oublie pas que j’ai couché avec son père.

Et ça… c’est dur, d’autant plus que son géniteur ne se prive pas de m’envoyer des messages que j’ignore. Mes paupières se ferment, je me retrouve dans une pièce vide avec une chaise. Mon corps tremble, c’est la tanière de Storm. Il y a des papiers éparpillés sur le sol, de la vaisselle sale qui empeste dans l’évier, un canapé défoncé qu’il a récupéré aux ordures. Le prix de l’indépendance, avec ses petites magouilles il n’arrivait pas à faire fortune.

Je sais déjà ce qu’il va se passer. J’ai déjà vécu ce moment, le brouillard se dissipe dans ma mémoire. Les bruits de pas se rapprochent, se heurtent à mes oreilles. Projetée en avant, l’angle de la chaise meurtris mes côtes. Je ne lutte pas. C’est un souvenir. Je ne peux que subir. Le passé est immuable, et chaque coup provoque un écho terrible dans ma boîte crânienne.

— Tu fais chier, Ivy ! T’as niqué une opportunité de ramener un tas de pognon, s’enflamme Storm, la main appuyée contre ma trachée.

Suffocation, un manque d’oxygène, la tête qui tourne et tourne à m’en donner la gerbe.

— Je veux… Je veux plus faire ça, je parviens à expirer.

Ses iris d’acier son cerclés de vaisseaux éclatés. Ma respiration est sifflante, douloureuse, je suis terrorisée.

— On se sacrifie. C’est le deal. C’est la règle. En plus, je sais que t’aime ça. T’es une chienne et c’est pas nouveau.

Une chienne. C’est ça. C’est ce que je suis.

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