7. Jalousie

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Ma famille de cœur est raide dingue d’Ambroise. Il faut dire que cet homme a tout pour lui. J’ai eu de la peine pour mon ami quand Charlotte lui a fait une crise de jalousie au téléphone. J’ignore qui a eu la grande idée de lui envoyer une photo de nous aux écuries, mais ça a fumé chez la blonde.

Après un goûter au Milk Shop avec la bande, je suis rentrée à l’appartement. Ambroise est resté jusqu’au retour de Samuel, ce qui n’était pas un mal car il est rentré tard. Un regard froid de la part de mon petit ami, un sourire compréhensif pour mon confident et une promesse de le voir le lendemain pour le remercier, tout s’est passé dans un silence oppressant.

Samuel pose son gilet bleu sur une chaise, les traits tirés.

— J’ai préparé des pâtes au ketchup pour fêter ton premier jour, je souris.

— Ah.

Je frémis, il va dans la chambre avec le dos rond. La télévision se met à ronronner, je devine le générique d’un vieux film. Ma gorge se serre, je ne comprends pas à quoi il joue. Lentement, je le rejoins et plante mes poings sur les hanches.

— Il y a eu un souci au boulot ?

— Non.

— T’as décidé de faire ton Forks, mais je n’ai pas envie de jouer aux devinettes, je m’impatiente.

Il vrille ses prunelles noisette vers moi, juste un instant, pour me laisser voir sa peine. Une grimace déforme mon visage, j’appréhende.

— Tu as cru que tu pourrais fricoter avec Ambroise impunément ? accuse-t-il durement.

Ma bouche s’ouvre, courroucée. La fureur me fait bouillir intérieurement.

— Je n’ai pas fitocé !

— Fricoter. C’est un verbe simple, pourtant.

Ma mâchoire se crispe, je le déteste quand le mépris hérité de son père ressort.

— Avec Charlotte, vous êtes chiants ! Vraiment, deux bons gros chiants.

— Nous sommes deux amoureux cocus ! s’énerve-t-il.

Son flegme naturel s’envole, son visage se teinte de rouge. Je ravale ma salive, poignardée par un sous-entendu trop lourd pour être ignoré. Il ne pense plus à Ambroise, il songe à son père. Et à ma terrible erreur.

— Je n’aime que toi, je me défends d’une voix blanche.

— Alors tu peux m’expliquer ça ? crache-t-il en mettant son mobile sous mon nez.

Un cliché a été pris au club pendant que j’enlaçais Ambroise. Forcément, sorti de son contexte…

— Tu veux vraiment savoir ? Tu as vraiment besoin que je me justifie ?

Mes rétines brûlent, j’ai mal de ne pas avoir sa confiance. Il croise les bras, les Forks ont cette autorité dans le regard qui fait froid dans le dos.

— Je me suis souvenu de Paris. Et j’ai eu besoin de réconfort. Maintenant que tu m’as rappelé combien je suis une sous-merde à côté de toi, je vais aller faire un tour.

Je suis dépitée, mes sentiments mis plus bas que Terre. Il tente de m’étreindre, mais je le repousse. Il a pensé que je le trompais, il a cru que je pouvais le trahir encore. Ce que j’ai fait avec son père ne s’effacera jamais, ça planera sans doute au-dessus de nous pour l’éternité. À supposer que l’éternité existe auprès de lui.

— Isabeau, il faut que tu comprennes que… Quand on reçoit ce genre de cliché avec un message paniqué de Charlotte, ça remue.

— Je m’en tape de Charlotte ! Tu crois que je suis une connasse prête à sauter sur Ambroise parce que j’ai fait cette connerie avec ton père !

— Je n’ai pas dit ça, tempère-t-il.

— Non. Tu as bien trop de classe pour le formuler comme ça. Tu te contentes d’être glacial et de me juger.

Ma lèvre inférieure tremble, je vais probablement me mettre à pleurer. Moi qui ai passé l’après-midi à le défendre auprès de Pinkie et Rarity, voilà qu’il leur donne raison. Figés, face à face, aucun de nous ne fera un pas vers l’autre. Je tourne les talons, le cœur gros.

— Où vas-tu ?

— Chez Ambroise. Ou Storm. Ce sera au premier qui me ramassera sur le trottoir, je vocifère.

Je ne lui laisse pas l’opportunité de me rattraper. Si ça se trouve, Storm m’attend vraiment pour une embuscade. Le souvenir de sa jalousie me hante. Lui, il ne se serait pas contenté de me battre froid. J’aurais pris une sévère droite, peut-être même qu’il m’aurait éclaté le nez. Les os qui craquent. Le goût du sang. L’impacte. Une onde de choc. Le cerveau se souvient, douloureusement. Et déjà, je suis prête à m’effondrer.

Un jour, je me souviendrais de tout. Un jour, je serais probablement détruite par la vérité.

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2 réflexions sur “7. Jalousie

  1. Alessandra dit :

    Une part de moi comprend Samuel mais pourquoi ne pas demander des explications à Isabeau au lieu de la juger pour une photo sortie de son contexte ? Ok, elle a fait une erreur avec son père mais s’il n’a pas confiance en elle, comment imaginer un avenir à long terme pour leur couple ?

    J'aime

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