6. Opération fringues II

Retour à l’épisode 1

 

— Je suis désolée.

Il n’y a pas d’autres mots qui parviennent à sortir. Elle hoche la tête, lourdement.

— Je pensais que j’étais ta sœur de cœur, et voir que tu me remplaces par un mec que tu connais à peine… Bon sang, ce Samuel, c’est un étranger !

Mes sourcils se froncent, comment peut-elle être aussi glaciale à propos de lui ? Alors qu’elle m’a vue l’attendre pendant des semaines.

— C’est le bon, et je le sais, je proteste en traversant les rayons. Et je ne te remplace pas !

— Mais… Mais il t’a lobotomisée ou quoi ?!? Encore, si c’était pour Ambroise…

Je ferme un instant les yeux, il n’y a aucun rapport avec Ambroise. C’est juste Samuel et moi, rien d’autre. Mes ongles se plantent dans mes paumes, c’est à mon tour d’avoir mal au cœur.

— Je t’ai toujours considérée comme ma sœur, et une sœur devrait se réjouir de me voir heureuse, je murmure.

— Une sœur se doit de te dire quand tu pars en vrille. Et quand t’es pas foutue de voir l’évidence…

— Je ne suis pas aveugle ! Je l’aime, et ça depuis très longtemps.

Ses yeux s’arrondissent de stupeur, je pense qu’elle est prête à me faire enfermer dans un asile. Nerveusement, je déplie toutes les fringues sur le podium. C’est moche.

— Ça fait trois mois que tu le connais et sur ces trois mois tu ne l’as pas vu pendant huit semaines. Alors, arrête de me parler du grand amour…

— Je le connais depuis des années. En fait.

Ma poitrine s’allège d’un poids dans un long soupir. Un sourire étire mes lèvres tandis que je plonge dans le récit de ma première vraie rencontre avec Samuel. Je n’aurais jamais cru que ce jour si noir aurait pu m’inspirer du bonheur. L’odeur. Les sirènes. Les pompiers. Ma mère. Les cris. Un dégoût profond qui me tord les entrailles. Puis, Samuel.

— Tu parles d’un truc de dingue, souffle Rarity.

— Ouais, comme tu dis…

— Alors… Samuel et toi c’est genre… Un conte de fée moderne…

— Ouais, appelle-moi Cendrillon.

Nos iris s’accrochent, comme on veut s’accrocher à notre amitié si spéciale. C’est tellement con de se disputer. Je l’enlace, même si je veux me détacher de Rainbow Dash, je ne peux pas tirer un trait sur ces personnes qui sont devenues ma véritable famille.

— On dégage les pétasses ! C’est mon homme ! s’égosille Pinkie au rez-de-chaussée.

Nous nous penchons par-dessus le balcon de la coursive, comme toujours Ambroise est traqué par des nanas en chaleur. Je me demande comment il fait pour ne pas les envoyer chier. Pinkie s’accroche à lui, mais mon nouvel ami n’est pas très crédible dans le rôle du gay.

— Il se vend un peu de rêve. Depuis qu’Ambroise lui a filé son numéro, il se fait des films, pouffe-t-elle.

Je croise les iris glacés de mon confident, je ne sais pas comment le remercier de m’avancer cet argent. Rarity me donne un coup de coude, conspiratrice.

— Regarde, il te bouffe des yeux…

— Nous sommes des amis, c’est tout.

— Mais oui…

        C’est inutile d’insister avec elle. Je me plonge dans la recherche de fringues à mon goût pour éviter le dialogue. Une fois en cabine, je peux constater que je tourne plutôt en rond en termes de choix.

Short. Jean. Débardeur. Que d’originalité.

— Tiens, essaie plutôt ma sélection, lance Pinkie en fourrant une pile hallucinante de fringues dans mes bras.

Je manque de m’étouffer sous le tas de vêtements, mon frère de cœur entre sans gêne dans la cabine pour m’aider à assortir les tenues. Je dois avouer que j’en jette avec ses suggestions. Je tourne sur moi-même, jauge les ensembles audacieux et dignes de magazines de mode.

— Merde, mais t’as pas pu trouver tout ça ici ! C’était planqué où ?

— Si tu avais mon génie du style, tu n’aurais pas ignoré tous les imprimés sur le portant à côté de l’escalator.

— Forcément… J’espère que Samuel aimera.

— Samuel, je ne sais pas. Mais Ambroise, il va te trouver à tomber.

Mes joues vire au rubicond, je l’épingle d’un regard sans pitié. Il veut que je meure de honte ou quoi ?!? Ambroise a dû nous entendre et maintenant ça va être super bizarre entre nous !

— Ambroise ? je glapis à travers le rideau.

— Oui ?

— Tu as tout entendu ?

— Effectivement.

Merde. Il a pas l’air de rire !

       Je déglutis péniblement et écarte le tissu épais du bout des doigts. Rarity se mord la lèvre pour ne pas s’esclaffer, je paris qu’elle jubile. Et Ambroise… Ambroise reste immobile, impassible, insensible et plein d’autres mots en « in ».

— C’est… Euh… C’est bizarre entre nous, maintenant ? je bafouille.

Ses mains empoignent mes épaules, mon cœur bat fort.

Je veux pas tout foutre en l’air, pas maintenant !

       — Ça n’a jamais été normal entre nous, Isabeau. Je te trouve à tomber et Samuel te trouvera à tomber aussi, me rassure-t-il.

Un gloussement nerveux m’échappe, il n’a pas tort.

— Tu crois vraiment qu’il va aimer ? Tu sais, parfois Samuel est un peu… Enfin il a des goûts…

— Il est fou amoureux, alors je n’ai pas de doute. N’est-ce pas les poneys magiques ?

Balbutiements incompréhensibles, je devine sans mal qu’ils ne sont pas tout à fait de cet avis. Mais je sais que Samuel finira par les conquérir, ce n’est qu’une affaire de temps.

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