2. Un baby-sitter

Retour à l’épisode 1

       Calés sur le canapé, nous regardons un énième navet français pour tenter de me changer les idées. Mes mains enserrent le bras de Samuel, je n’arrive pas à penser à autre chose. Il a renoncé à sa liberté. Forks lui a proposé de rester son digne héritier en échange d’un financement illimité pour me mettre à l’abri. Pour que je n’ai plus à travailler, à prendre les transports seules. En bref, pour que je sois facile à surveiller.

       — Tu devrais prendre tes médicaments, invite-t-il doucement.

       Je secoue la tête, refuse d’avaler ces médocs. Il me présente mon pilulier, je le repousse et me blottie davantage contre lui. Il joue avec mes cheveux, je tente d’apaiser les tremblements provoqués par le stress.

       — Et demain ? Qu’est-ce qu’on va faire ? Tu travailles, et moi… Et moi je vais être là…

       Il remet une mèche derrière mon oreille, je sais qu’il comprend mon angoisse. Nous avons déjà eu mille fois cette conversation depuis notre retour. Enfin… j’exagère peut-être le nombre, mais en tout cas on en a beaucoup parlé.

       — Ecoutes, tu n’apprécies plus trop Ambroise, mais… Au moins ça ferait une présence, j’argumente.

       Il peste dans sa barbe avant de saisir son portable.

       — Je n’aime que toi, Samuel, j’ajoute avec émotion. Juste toi…

       Il tape rapidement un message, j’entrecroise mes doigts avec les siens. Mes lèvres se posent sur les siennes, nous nous embrassons avec une certaine retenue propre à Samuel et sa timidité qui reste là, malgré tout.

       — Je t’aime, souffle-t-il. Et je ne supporterais pas qu’on te vole à moi.

       Je pose ma tête contre son torse, m’en veux encore pour ma fichue erreur avec son père. Je crois que je m’en voudrais toujours et à jamais.

***

       Le lendemain, la sonnette nous tire de notre petit-déjeuner sur le balcon. Je vais ouvrir, encore en pyjama et les cheveux en bataille, sous l’œil outré de Samuel.

       — Il paraît qu’on a besoin d’un baby-sitter, lance Ambroise avec bonne humeur.

       Je lui donne une petite tape sur le bras et l’invite à entrer.

       — Je vais me préparer, il reste du Nutella et des toasts si tu veux.

       Profites donc, loin des yeux de Charlotte.

       — Je devrais venir plus souvent.

       La moue qui déforme la bouche de Samuel me laisse à penser qu’il se passerait volontiers de la présence d’Ambroise. Mais au moins je suis rassurée, je n’aurais pas à rester seule. Je retrouve les garçons pour débarrasser, Samuel porte le gilet bleu d’un magasin culturel, je m’amuse à lui embrasser le bout du nez et à réajuster le vêtement.

       — Prêt à vendre des tonnes de livres et de D.V.D ?

       — Je vais me cacher au rayon navets français, plaisante-t-il. Pense à m’envoyer des messages.

       — Promis.

       Je le regarde quitter l’appartement, il est courageux de commencer en bas de l’échelle. Ambroise me sort de mes pensées d’un coup de cravache sur ses bottes, je manque de monter aux rideaux.

       — Idiot !

       — Attend de voir les cordes que j’ai dans mon coffre, s’esclaffe-t-il.

       Je lève les yeux au ciel, ce n’est pas drôle du tout. Je connais un milliardaire qui a probablement réellement des cordes dans son coffre. Et, j’ignore pourquoi, cette perspective déclenche un étrange frisson, comme si je redoutais un souvenir.

       Ma mémoire finira par pleinement revenir en plein…

       J’ai cru que tout m’était revenu lors du terme de ma curieuse semaine chez les Forks. Mais ce n’était qu’une illusion, en fait bien des zones d’ombre persistent. Ambroise me prend la main avec délicatesse pour m’amener jusqu’à son véhicule garé en double-file.

       — Je suppose qu’on va dans ce maudit centre équestre ?

       — Eh oui, dommage que tu n’aies pas ton déguisement de cavalière parfaite.

       Et voilà, il se moque encore.

       Je verrouille soigneusement la porte avant de m’installer à ses côtés dans son bolide. Je boucle ma ceinture et recommence, malgré moi, mon observation de la foule. Je cherche un regard gris, des cheveux noirs, une grande stature. Mon cœur tambourine, j’appréhende de le voir surgir à chaque coin de rues. Ambroise me fait sursauter en posant sa main sur la mienne.

       — Isabeau, arrête de te torturer.

       — Je ne me torture pas…

       — Non, à peine… Oublie-le, nous sommes là pour toi.

       C’est plus simple à dire qu’à faire.

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