101. L’après « Mathias »

L’après « Mathias »

            Tout est très flou dans mon esprit. Je suis incapable de dire comment je me suis retrouvée dans le lit de Monsieur Bud en position fœtale. Le bruit de l’os brisé se répète en boucle dans mon esprit avec les horreurs proférées par Mathias. Le médecin établit un arrêt de plusieurs jours. Je suis sourde aux recommandations et à son diagnostic. Je veux tout simplement oublier que j’ai passé une partie de ma vie avec Mathias.

            Lilas me rejoint dans le lit avec le DVD de la Belle et la Bête. Je ne m’en étonne même pas.

— Le palais présidentiel a été ravi d’apprendre ton officialisation avec Monsieur Bud, m’explique Nora. Du coup, ils ont envoyé un tas de cadeaux à Lilas ! C’est juste dingue, sa chambre est remplie jusqu’au plafond ! s’enthousiasme-t-elle

— C’est génial, je souffle en prenant Lilas contre moi. Tu veux regarder avec nous ?

            Je n’ai pas envie d’être seule avec ma fille. J’ai besoin d’une autre présence amicale pour tenir le coup. J’espère seulement que dans sa tête elle a fait le ménage et oublié Mathias. Quand nous allumons la télévision, la chaine principale est en plein flash info.

Nous apprenons à l’instant la destitution d’un résident des hauts-quartiers condamné à l’exil, annonce la journaliste avec gravité. Mathias Merino, originaire des bas-quartiers et, jusqu’à aujourd’hui, responsable du marché asiatique, a été jugé à comparution immédiate…

— ZAPPE ! je m’écris en cherchant la télécommande. Zappe ! Zappe !

— Mathiiias ? interroge Lilas.

            Je plaque mes mains sur ses oreilles et cache comme je peux ses yeux.

Il a été reconnu coupable de vol de documents confidentiels de l’entreprise Bud & Cie et de leur diffusion auprès de concurrents asiatiques ainsi que d’abus sur son ancienne compagne, Rose Hortum. Le Président Directeur Général de Bud & Cie n’a pas désiré s’exprimer sur le sujet. Aeden Bud, ancien P-D.G de l’entreprise a quant à lui fermement condamné les deux actes et appelé à la plus grande sévérité dans le choix de son lieu d’exil…

            Enfin, je parviens à changer de chaine. Ils ont eu la bonne idée de ne pas diffuser de photo. Monsieur Bud a dû intervenir pour un jugement aussi rapide. Si je l’avais suivi, nous aurions étaient coupables avec Lilas de complicité. Nora me dévisage, l’air profondément navré.

— Il t’a violée, chuchote-t-elle, horrifiée.

— Nora, j’ai envie d’oublier.

            Je lance le film en cajolant Lilas. Mathias est derrière moi. Il ne sera plus jamais dans nos vies. Le gouvernement va l’expédier dans un pays en lien avec sa politique d’exil et je l’oublierai. Il ne peut pas en être autrement. Mon téléphone sonne, je fronce les sourcils en voyant qu’il s’agit de ma mère. Je décroche, nerveuse.

— Et on a rien vu… larmoie-t-elle sans me saluer.

— Maman, ne commence pas. C’est bon, justice est faite. Je veux passer à autre chose…

            Et faire taire un jour cette voix qui me murmure qu’il n’a peut-être pas fait ça consciemment.

— Il a bien de la chance d’être en cellule cette nuit ! Sinon je lui aurais arraché les…

— MAMAN ! je coupe sèchement. Je ne veux plus jamais en parler. Je crois que… Je crois que je vais suffisamment devoir remuer de couteaux dans les plaies les jours prochains sans avoir besoin d’y ajouter ça. Je vais bien, je suis avec un homme bien et tout se passe bien.

— Pourquoi tu cries sur mamie ? demande Lilas en fronçant les sourcils.

            Je me mords la lèvre. Je dois couper court.

— Maman est un peu fatiguée mon trésor. Donc je m’énerve, mais ce n’est pas grave.

— Je vais te laisser, soupire ma mère en raccrochant.

            Je pose le portable et me concentre sur le film. Une jeune fille venue du peuple qui devient une princesse, ça me parle tellement à présent. Lilas chante, elle connait toutes les paroles. J’espère qu’elle va longtemps garder son âme d’enfant. Nous sommes dans une société qui fait grandir bien trop vite.

            Nora me fait des petits clins d’œil quand la villageoise arbore de superbes robes. C’est ce que va devenir ma vie. Sauf que je ne suis pas la compagne d’une bête.


Neuf épisodes restants…

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15 réflexions sur “101. L’après « Mathias »

  1. Alessandra dit :

    Pas la compagne d’une bête… C’est peut-être encore à prouver… Bud n’est pas tout rose, tout propre, tout gentil non plus.
    Mathias… exil… ça été rapide.
    Je me demande comment va réagir Lilas lorsqu’elle comprendra qu’elle ne pourra plus le voir. Et si elle décidait de le considérer comme son père (rappel de la partie où Rose lui expliquait que son père pouvait être celui qu’elle voulait).
    Les problèmes sont loin d’être terminés…

    Aimé par 2 personnes

  2. Bigot de Préameneu dit :

    Jugé et condamné en mois de 24 heures, sans avoir été en mesure de pésenter une défense utile. Mais pourquoi donc n’entend-on pas les habituels cris de vierges éffarouchées de la Ligue des Droits de l’Homme?

    Aimé par 1 personne

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